L by LCL
L by LCL est la banque des professionnels du groupe LCL (Crédit Agricole). J'y interviens comme Product Manager (prestataire) dans une squad « Équipement », dont la promesse tient en une phrase : équiper le professionnel, c'est l'outiller (facturer, encaisser) et le protéger (assurer son activité et ses moyens de paiement), le tout dans l'app. Ma mission a couvert trois postures : cadrer de 0→1 l'encaissement carte sur smartphone, reprendre une feature de facturation livrée sans PM et bloquée en conformité, et éclairer la stratégie sur la gamme assurance.
- Rôle
- Product Manager · prestataire
- Période
- Avr. 2026 - Juil. 2026 · 4 mois
- Terrain
- Fintech réglementée · banque des pros
- Contexte
- Encaissement · facturation · assurance
Équiper le professionnel : l'outiller et le protéger
J'interviens là où le métier est verrouillé par la réglementation, pour transformer la contrainte en produit utilisable.
La promesse de la squad tient en une phrase : équiper le professionnel, c'est l'outiller et le protéger, directement dans l'app. L'outiller, c'est facturer et encaisser ; le protéger, c'est couvrir son activité et ses moyens de paiement. La cible : des indépendants et de très petites entreprises, souvent moins de vingt salariés.
La particularité du terrain, c'est que la réglementation est partout : secret bancaire, RGPD, règles des réseaux cartes, devoir de conseil en assurance, facturation électronique. Chaque décision se prend avec le juridique, la conformité et la lutte anti-fraude dans la pièce. Les chapitres qui suivent reprennent mes trois registres, puis l'IA mise au travail dans le quotidien de la squad.
Encaissement mobile sans terminal (softPOS)
L'objectif principal de la mission était là : cadrer de zéro l'encaissement par carte directement sur smartphone, sans terminal (softPOS / Tap-to-Pay), pour des micro-marchands, artisans et indépendants qui encaissent en déplacement. J'ai porté le cadrage : segments cibles, cas d'usage, proposition de valeur et périmètre du MVP.
J'ai commencé par un benchmark : les néobanques et fintechs de référence intègrent l'encaissement directement dans l'app bancaire, avec activation en temps réel. J'ai retenu ce parti pris pour une raison concrète : le professionnel est déjà client de la banque, donc déjà connu et vérifié (KYC). L'essentiel de l'enrôlement marchand est fait en amont, ce qui rend l'activation quasi immédiate et l'onboarding moins coûteux. J'ai ensuite conçu le parcours de bout en bout : souscription, accès, activation, puis l'encaissement lui-même et son suivi dans un espace marchand où le professionnel retrouve ses transactions.
Le vrai nœud était dans la chaîne d'acteurs. Encaisser une carte sur un simple téléphone met en jeu la banque acquéreur, les réseaux cartes et leurs règles, le fournisseur de la technologie softPOS, l'éditeur de l'OS pour la certification, et la conformité paiement, chacun avec ses contraintes et ses flux qui se croisent. L'essentiel du cadrage a consisté à démêler cette architecture et à séquencer ce qui pouvait tenir dans un MVP.
Deux arbitrages structurants en sont sortis. Un angle mort de conformité, levé tôt : le cadre interne existant ne couvrait pas encore l'encaissement softPOS en présentiel, il fallait le faire cadrer avant de construire. Et une stratégie de plateforme : MVP Android-first, parce que le Tap-to-Pay sur iOS dépend d'un programme de licence propre à l'éditeur de l'OS. Sur l'éligibilité (les réseaux cartes conditionnent l'encaissement au code d'activité du commerçant, le MCC, une donnée que nous n'avions pas nativement), j'ai conçu une table de correspondance à partir du code d'activité connu de l'entreprise pour la trancher automatiquement.
Ma mission a couvert le cadrage complet de la feature, puis sa livraison, jusqu'à sa reprise par un autre PM. Le produit n'était pas encore lancé à ce stade : je laisse un MVP dé-risqué et une définition partagée, sans données d'usage.
Reprendre la facturation, et la rendre conforme by design
J'ai aussi travaillé sur la facturation, adossée à l'app bancaire et proposée via un partenariat fintech. La feature m'a été confiée en cours de route, bloquée : entièrement développée (parcours compris), mais elle n'avait jamais reçu le feu vert de la conformité. Elle avait été construite sans Product Manager, donc tout le travail amont de cadrage et de conformité restait à faire. L'enjeu était réel : la facturation électronique devient obligatoire pour les entreprises assujetties à la TVA, offrir cette feature met nos clients en conformité, à condition de l'être nous-mêmes.
Le parcours d'éligibilité interroge le partenaire par API et renvoie immédiatement l'un de quatre verdicts : éligible, à réconcilier (compte partenaire existant, basculable en gratuit), inéligible pour une offre supérieure déjà détenue, inéligible pour multi-entreprises. J'ai repris ce parcours et assaini les cas de refus.
Le vrai sujet était en amont. Dans le montage d'origine, le produit pré-créait un compte chez le partenaire dès l'entrée en relation, avant d'avoir cadré l'information de l'utilisateur et le partage de ses données : un problème de secret bancaire et de RGPD qui bloquait la mise en production. J'ai rebouclé avec la conformité et repensé le dispositif en deux temps, pour que ce soit le produit qui porte la règle. L'utilisateur signe dès l'entrée en relation les conditions qui l'informent d'un partage possible de ses données, mais la transmission et la création du compte ne se déclenchent qu'au moment où il active lui-même la feature. Le consentement est capté proprement, la transmission ne concerne que ceux qui activent, la feature passe en production. Une fois en ligne, j'ai piloté la migration du stock de clients déjà actifs, chacun réconcilié ou recréé au cas par cas via l'API du partenaire.
Assurance pro : la couture stratégique
Sur la gamme d'assurance pour les pros, souscriptible en ligne dans l'app (signature électronique, validation d'identité) et distribuée avec des assureurs partenaires, j'ai structuré et documenté l'offre pour la squad : référentiel produit et grille de réponses support, en repartant des contrats et des parcours réels.
J'ai cartographié le parcours, et mis le doigt sur une couture stratégique : le besoin d'assurance responsabilité civile culmine au moment de la création de l'entreprise. Or la souscription intervient après, et le parcours de création est capté par un acteur tiers, en amont de nous. Le pic de besoin se joue donc hors de notre périmètre. J'ai étayé le constat par la donnée et l'ai porté aux discussions de roadmap et de positionnement.
Mettre l'IA au travail
Au-delà du produit, j'ai outillé le quotidien de la squad avec l'IA, là où elle fait gagner du temps sans rien réinventer.
Les retours clients arrivaient par Crisp, en flux et sans traitement. J'ai monté une chaîne qui les collecte, les synthétise, les trie, et produit un récapitulatif hebdomadaire sourcé : chaque point renvoie à son verbatim d'origine. L'équipe passe ainsi du bruit de support à une liste de sujets priorisables.
J'ai aussi porté la généralisation de Claude dans l'entreprise : des cas d'usage concrets pour les PM (synthèse, cadrage, analyse de parcours) et le partage des pratiques, pour que l'outil serve au-delà de ma seule squad.
- Trois postures produit assumées sur le même périmètre : cadrage 0→1 (encaissement), reprise de feature (facturation), éclairage stratégique (assurance)
- Benchmark concurrentiel (néobanques, fintechs) : parti pris d'un encaissement intégré à l'app, activation quasi immédiate parce que le pro est déjà client (KYC fait), réutilisable au-delà de la squad
- Lecture inter-produits portée en roadmap : le besoin d'assurance culmine à la création d'entreprise, capté par un acteur tiers en amont
- Cartographie des parcours (facturation, encaissement, assurance) pour isoler le problème sous-jacent
- Découverte de conformité intégrée à la discovery produit : un angle mort levé au cadrage économise des mois
- Atelier métier de cadrage du MVP encaissement, avec des notes de risque (proposition, critère de succès, échéance)
- Analyse du parcours assurance → couture stratégique : le besoin de responsabilité civile pro culmine à la création d'entreprise, la souscription arrive après
- Lecture des contrats d'assurance (fiches IPID, notices, conditions générales) pour fonder la doc produit sur le réel
- Encaissement cadré de 0→1 : parcours souscription → accès → activation, table de correspondance NAF → MCC, arbitrage de plateforme documenté (Android et iOS, MVP Android-first), macroplan en 2 scénarios
- Feature de facturation débloquée et mise en production : conformité by design en deux temps (consentement à l'entrée en relation, transmission des données seulement à l'activation), refonte des cas de refus
- Migration du stock de clients déjà actifs via l'API du partenaire : réconciliation ou création de compte au cas par cas
- Structuration et documentation de l'offre assurance pour la squad (référentiel commun)
- Suivi de l'adoption de la facturation : taux d'équipement et comptes pleinement actifs
- Marché adressable de l'encaissement objectivé sur la base clients ; contribution au business case
- Diagnostic assurance : taux de couverture, taux d'attache, abandon à l'étape formulaire
- Squad resserrée sans designer dédié : cadrage produit et définition d'expérience portés en propre, maquettes travaillées avec une designer transverse
- Coordination continue avec le juridique, la conformité, le DPO, la lutte anti-fraude, le métier monétique et les partenaires externes
- Chaîne de feedback Crisp → synthèse IA → triage vers les équipes → récap hebdo sourcé
- Documentation produit et grille de réponses support comme sources de vérité internes
- Généralisation de Claude dans l'entreprise, portée au-delà de l'équipe produit
- Skills PM outillés à l'IA et partagés à l'équipe : wireframing, écriture d'US, recettes
